Ralentissement de la demande de véhicules électriques : les raffineurs relèvent leurs prévisions d'essence pour 2026
Face au ralentissement des ventes de véhicules électriques en Europe, les raffineurs révisent à la hausse leurs perspectives pour l'essence en 2026, soutenant les marges de TotalEnergies Anvers.
Le ralentissement plus marqué que prévu des ventes de véhicules électriques (VE) en Europe et aux États-Unis pousse les principaux raffineurs mondiaux à réviser à la hausse leurs prévisions de demande d'essence pour 2026. Selon les dernières estimations de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), la demande mondiale d'essence devrait progresser de 1,8% en 2026, contre une prévision initiale de 0,9%. Cette correction marque un tournant après plusieurs années de prudence sur les hydrocarbures du transport.
En Europe, les immatriculations de VE neufs ont reculé de 4,3% au premier trimestre 2026 par rapport à 2025, selon les chiffres de l'ACEA. Plusieurs facteurs expliquent ce ralentissement : la fin des subventions allemandes en 2024, le durcissement des conditions de leasing, et l'inquiétude croissante des consommateurs concernant les infrastructures de recharge et la valeur résiduelle. En Belgique, les ventes de VE représentent encore 28% des immatriculations neuves, mais cette croissance ralentit après plusieurs années de doublement annuel.
Pour les raffineurs européens, cette nouvelle donne représente un répit bienvenu. TotalEnergies a relevé sa prévision d'utilisation des capacités à 94% pour 2026, contre 89% précédemment. La raffinerie d'Anvers, qui traite 360.000 barils par jour, devrait afficher des marges de raffinage supérieures à 12 USD/baril sur l'année. ExxonMobil, propriétaire d'une autre raffinerie majeure à Anvers (320.000 bpj), partage cet optimisme.
Les conséquences se font ressentir à la pompe. En Belgique, le réseau TotalEnergies (qui exploite plus de 500 stations sous les marques Total et TotalEnergies) maintient des volumes stables avec une légère hausse de 1,2% au premier trimestre. Le prix maximum officiel de l'essence Super 95 E10 s'établit à 1,701 €/litre, dont environ 0,68 € de taxes (accises, TVA et cotisation énergie). Le SPF Économie surveille de près l'évolution des marges brutes de distribution.
Cette révision haussière intervient toutefois dans un contexte stratégique complexe. La Commission européenne maintient son objectif d'interdiction des ventes de voitures thermiques neuves en 2035, malgré les pressions de plusieurs États membres pour assouplir cet engagement. La Belgique, par la voix du gouvernement fédéral, a réaffirmé son alignement sur le calendrier européen, tout en plaidant pour une clause de revoyure en 2026 afin d'évaluer l'impact économique réel.
Sur le plan industriel, les pétroliers ajustent leurs investissements. TotalEnergies a annoncé l'allocation de 1,4 milliard € supplémentaires à ses activités de raffinage européennes pour la période 2026-2028, dont 280 millions € spécifiquement pour le site d'Anvers afin d'améliorer les rendements en essence et de réduire l'empreinte carbone via le co-traitement de biomasse. Cette stratégie de prolongation de la durée de vie des actifs raffineurs contraste avec les annonces de fermeture de certains sites européens moins compétitifs comme Grangemouth au Royaume-Uni. Pour Anvers, deuxième pôle pétrochimique européen, ces investissements consolident le rôle stratégique du port comme hub raffineur de référence.