Ralentissement des VE: les raffineurs révisent à la hausse leurs perspectives essence 2026
La croissance des véhicules électriques marque le pas. Les raffineurs européens, dont Cressier en Suisse, revoient à la hausse leurs prévisions de demande essence pour 2026.
Le marché mondial des véhicules électriques connaît un net ralentissement en 2026. Selon BloombergNEF, les ventes globales devraient progresser de 14% cette année, contre 32% en moyenne entre 2020 et 2023. En Europe, le repli est plus marqué encore: les immatriculations de VE ont chuté de 4% sur les douze derniers mois, sous l'effet de la fin des subventions allemandes et françaises, et d'un pouvoir d'achat ménager dégradé.
Conséquence directe: les raffineurs européens révisent à la hausse leur consommation prévisionnelle d'essence pour 2026. ExxonMobil estime que la demande européenne se stabilisera à 1,75 million de bj jusqu'en 2030, soit 200'000 bj de plus que dans leur scénario de 2023. TotalEnergies, dans son rapport stratégique de printemps, anticipe un pic de demande désormais repoussé à 2029.
En Suisse, le marché automobile reflète cette inflexion. Les immatriculations de VE purs représentent 21% des ventes neuves en mai 2026, en baisse par rapport au pic de 24% atteint fin 2024. L'hybride rechargeable et l'hybride simple compensent partiellement, mais le parc thermique reste majoritaire. L'Office fédéral des routes recense 4,8 millions de véhicules thermiques sur 6,1 millions au total, ce qui maintient une consommation annuelle d'essence et diesel d'environ 7,2 millions de tonnes.
Pour la raffinerie de Cressier, exploitée par Varo Energy dans le canton de Neuchâtel, ce contexte offre un répit. La marge brute de raffinage en Europe du Nord-Ouest, mesurée par le Northwest European refining margin, s'établit à 14,20 dollars le baril en moyenne sur le premier semestre 2026, contre 9,80 dollars un an plus tôt. Varo Energy en profite pour reporter à 2028 la décision finale sur sa transformation partielle en bioraffinerie.
Les négociants genevois ajustent également leurs positions. Les contrats à terme essence (RBOB sur le NYMEX et Eurobob sur Euronext) ont gagné près de 12% depuis janvier. Trafigura et Vitol ont accru leurs stocks flottants dans la zone ARA (Amsterdam-Rotterdam-Anvers), pariant sur un été de forte demande, soutenu par le retour du tourisme international en Europe du Sud.
Au-delà de la conjoncture, la transition électrique reste inéluctable, mais son rythme est revu. L'Union européenne maintient son interdiction de vente de véhicules thermiques neufs en 2035, mais la Commission a accepté des dérogations pour les carburants synthétiques (e-fuels) défendues par l'Allemagne. La Suisse, qui aligne sa réglementation sur celle de l'UE, devrait suivre une trajectoire similaire.
Pour les investisseurs suisses, les conséquences sont multiples. Les actions des majors pétrolières intégrées surperforment les fonds clean tech depuis le début de l'année. UBS recommande une exposition équilibrée, soulignant que la décarbonation du transport routier prendra plus de temps qu'anticipé. Le secteur du raffinage européen, longtemps moribond, retrouve une attractivité financière inattendue, à condition de gérer rigoureusement les risques carbone du CBAM et de l'ETS.