Amérique latine: Dos Bocas au Mexique et projets cubains relancent le raffinage régional
Le Mexique inaugure Dos Bocas avec 340'000 bj de capacité, tandis que Cuba modernise ses raffineries. Une recomposition régionale qui intéresse les négociants suisses.
L'Amérique latine connaît un renouveau de ses capacités de raffinage. La raffinerie de Dos Bocas, dans l'État mexicain de Tabasco, a démarré sa production commerciale au premier trimestre 2026 après des années de retards et de dépassements de coûts. Avec une capacité nominale de 340'000 barils par jour, elle constitue le plus grand investissement industriel mexicain depuis vingt ans, pour un coût final dépassant 17 milliards de dollars, contre 8 milliards initialement budgétés.
L'objectif de Pemex et du gouvernement mexicain est clair: réduire les importations de produits raffinés depuis les États-Unis, qui s'élèvent encore à plus de 1 million de bj. Dos Bocas est calibrée pour le brut lourd Maya, principale qualité produite dans le golfe du Mexique. Elle complète les six raffineries existantes et la raffinerie de Deer Park, rachetée à Shell en 2021. La capacité totale du système Pemex atteint désormais 2,2 millions de bj, avec un taux d'utilisation visé de 85%.
À Cuba, le contexte est plus difficile mais des projets avancent. La raffinerie de Cienfuegos, opérée en partenariat avec le Venezuela, est en cours de modernisation grâce à un investissement chinois de 1,1 milliard de dollars annoncé fin 2025. Capacité visée: 150'000 bj, dont une part importante destinée à l'exportation vers les Caraïbes. La rénovation des unités de craquage catalytique devrait permettre une augmentation significative de la production de diesel à faible teneur en soufre.
Pour les négociants suisses, ces évolutions modifient les flux régionaux. Mercuria, qui dispose d'une présence active en Amérique centrale et dans les Caraïbes, suit de près le redéploiement des cargaisons d'essence et de diesel. Trafigura a renforcé sa position commerciale au Mexique via Puma Energy, sa filiale aval, qui exploite plus de 600 stations-service dans le pays. Vitol, de son côté, accompagne Pemex sur la logistique du brut Maya à destination des raffineries européennes complexes.
L'impact sur la Suisse reste indirect mais réel. Le Mexique, en réduisant ses importations de carburants américains, libère des volumes que les raffineries du golfe du Mexique redirigent vers l'Europe. Les cargaisons d'essence et de diesel arrivant à Rotterdam et Anvers alimentent le marché ARA, dont les prix se répercutent sur les pompes suisses via les pipelines de Cressier et de Collombey (fermée mais dont les capacités de stockage subsistent).
Les défis sont nombreux pour la région. Dos Bocas a connu des incidents techniques répétés, notamment sur ses unités d'hydrocraquage, et son taux d'utilisation réel reste inférieur à 60%. À Cuba, les pénuries chroniques d'électricité et les sanctions américaines compliquent les opérations. Les analystes de Wood Mackenzie estiment qu'il faudra au moins trois ans avant que ces capacités atteignent leur rendement nominal.
Pour les investisseurs suisses, le secteur du raffinage latino-américain reste périphérique mais offre des opportunités spécifiques, notamment dans les services techniques (Sulzer, Bystronic) et les solutions de digitalisation industrielle proposées par ABB depuis Zurich. Le Mexique, sixième producteur mondial de pétrole, mérite une attention renouvelée.