Tensions en mer Rouge : le fret des pétroliers grimpe de 60% et redessine les flux mondiaux
Les attaques Houthis prolongent les déroutements via le Cap de Bonne-Espérance, faisant bondir les coûts de fret de 60% et impactant directement les approvisionnements du Port d'Anvers.
Les tensions persistantes en mer Rouge continuent de bouleverser les flux maritimes mondiaux du pétrole. Selon les dernières données du Baltic Exchange, les taux de fret pour les pétroliers VLCC (Very Large Crude Carriers) sur la route Moyen-Orient–Europe ont bondi de 60% par rapport au début 2024, atteignant en moyenne 78.000 USD par jour. Les Suezmax et Aframax, plus exposés au trafic régional, affichent des hausses similaires, avec des taux culminant à 95.000 USD/jour pour les Aframax sur les routes Méditerranée–Europe du Nord.
Les attaques répétées des forces Houthis du Yémen contre les navires marchands traversant le détroit de Bab-el-Mandeb ont contraint la majorité des armateurs à dérouter leurs navires via le Cap de Bonne-Espérance. Ce détour ajoute en moyenne 12 à 18 jours de navigation entre le Golfe Persique et les ports d'Europe du Nord, soit une augmentation de 35% de la distance parcourue. Maersk, MSC, BP Shipping et Frontline ont tous confirmé maintenir leur politique d'évitement de la mer Rouge.
Pour le Port d'Anvers-Bruges, ces perturbations modifient profondément les schémas logistiques. Les délais d'approvisionnement en brut du Moyen-Orient se sont allongés en moyenne de 14 jours, contraignant les raffineurs à augmenter leurs stocks de sécurité. TotalEnergies et ExxonMobil ont accru leurs stocks tampons de 18% en moyenne sur leurs sites anversois, mobilisant des capacités supplémentaires auprès des opérateurs de stockage Advario, Vopak et Oiltanking.
Cette tension logistique a également renforcé l'attractivité des bruts atlantiques pour les raffineurs européens. Les bruts WTI Midland américain, Búzios brésilien et Johan Sverdrup norvégien représentent désormais une part croissante des approvisionnements anversois, au détriment des bruts du Moyen-Orient comme l'Arab Light saoudien ou le Basrah Medium irakien. Cette substitution n'est cependant pas toujours optimale pour les configurations techniques des raffineries complexes orientées vers le traitement de bruts moyens et lourds.
L'impact financier sur la chaîne pétrolière est significatif. Selon les analystes de Clarksons Research, le surcoût total annuel pour les importateurs européens de brut est estimé entre 4,2 et 5,8 milliards USD en 2026, dont environ 380 millions USD supportés par les opérateurs belges. Le coût additionnel par baril atteint en moyenne 1,80 USD pour les cargaisons en provenance du Moyen-Orient, un montant qui se répercute partiellement sur les prix des carburants à la pompe en Belgique.
Sur le plan géopolitique, l'opération militaire multinationale Prosperity Guardian, à laquelle la marine belge participe avec la frégate Léopold Ier, peine à rétablir la sécurité de la navigation. Les analystes du Royal Institute for International Relations (Egmont) estiment que la crise pourrait perdurer jusqu'en 2027, en lien direct avec la situation à Gaza. Pour la Belgique, dont la prospérité économique repose largement sur la fluidité des chaînes d'approvisionnement maritimes via Anvers, deuxième port européen, ces tensions constituent un défi structurel qui justifie des investissements accrus dans la diversification énergétique et le stockage stratégique géré par APETRA (Agence pétrolière belge).