Transition énergétique européenne : PNIEC et Fit for 55, les jalons 2030 se précisent
Les États membres finalisent leurs Plans nationaux énergie-climat actualisés, la Belgique mise sur le nucléaire prolongé, l'hydrogène à Anvers et la rénovation thermique pour atteindre les objectifs Fit for 55.
Les États membres de l'Union européenne ont remis fin mai 2026 leurs Plans nationaux intégrés énergie-climat (PNIEC) actualisés, conformément au règlement Gouvernance de l'Union de l'énergie. Ces documents stratégiques détaillent les trajectoires nationales pour atteindre les objectifs du paquet Fit for 55, qui vise une réduction de 55% des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030 par rapport à 1990. La Commission européenne a salué l'ambition globale tout en pointant des insuffisances dans plusieurs États membres.
La Belgique a soumis un PNEC révisé prévoyant une réduction de 47% des émissions d'ici 2030, en deçà de l'objectif national de 47% fixé dans le règlement de partage de l'effort (ESR). Le gouvernement fédéral, en concertation avec les Régions, s'appuie sur quatre piliers : la prolongation des réacteurs nucléaires Doel 4 et Tihange 3 jusqu'en 2035, l'accélération du déploiement éolien offshore en mer du Nord (capacité cible de 8 GW en 2030), le développement de l'hydrogène vert et bas carbone, et la rénovation thermique du parc bâti.
Le secteur pétrolier et gazier belge est directement concerné par plusieurs mesures structurantes. Le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (CBAM), pleinement opérationnel depuis 2026, impose désormais aux importateurs européens de produits intensifs en carbone (acier, ciment, aluminium, engrais, hydrogène, électricité) de payer un équivalent du prix du CO2 européen. À Anvers, deuxième port pétrochimique européen, BASF, Borealis, INEOS et Yara doivent désormais gérer une comptabilité carbone complexe sur leurs intrants importés.
Le marché européen ETS (Emission Trading System) reste le principal moteur économique de la transition. Le prix de la tonne de CO2 se stabilise autour de 88 € en 2026, après les pics au-delà de 100 € observés fin 2024. Cette tarification structurelle pèse sur les raffineurs européens : TotalEnergies estime que ses installations anversoises supportent un coût carbone annuel de 145 millions €. Cette charge accélère les investissements dans la capture et le stockage du CO2 (CCS), avec le projet Antwerp@C visant à séquestrer 2,5 millions de tonnes de CO2 par an d'ici 2028 via le port de Rotterdam et les anciens champs gaziers offshore.
La directive sur les énergies renouvelables révisée (RED III) impose également un objectif contraignant de 42,5% d'énergies renouvelables dans le mix européen d'ici 2030. Pour la Belgique, cela implique un quasi-doublement de la capacité renouvelable installée. La Région wallonne mise sur le photovoltaïque résidentiel et l'éolien terrestre, tandis que la Flandre déploie massivement les chaudières à hydrogène et les pompes à chaleur. Le réseau gazier opéré par Fluxys s'adapte progressivement, avec des essais d'injection d'hydrogène jusqu'à 20% dans certains tronçons du backbone industriel anversois.
Toutefois, le retard pris par certains États membres préoccupe Bruxelles. La Commission a engagé des procédures d'infraction contre cinq pays jugés non conformes, dont l'Italie et la Pologne. Pour la Belgique, le défi principal réside dans le secteur du transport, encore largement dépendant du pétrole. La Fédération Petrol Federation Belgium souligne que la sortie progressive des carburants fossiles devra s'accompagner d'investissements massifs dans les carburants synthétiques (e-fuels) et les biocarburants avancés. Le complexe pétrochimique anversois, qui emploie directement 18.000 personnes, joue un rôle stratégique dans cette reconversion industrielle, soutenu par les programmes européens Innovation Fund et Just Transition Fund.