Expansion du raffinage en Amérique latine : Dos Bocas au Mexique et projets cubains avancent
Le Mexique finalise Dos Bocas et Cuba relance ses raffineries, redessinant les flux atlantiques et impactant les arbitrages de produits raffinés vers Anvers.
L'Amérique latine connaît une vague d'expansion de ses capacités de raffinage, portée par les ambitions de souveraineté énergétique des gouvernements mexicain et cubain. La raffinerie Olmeca de Dos Bocas, dans l'État de Tabasco au Mexique, atteint enfin sa pleine capacité opérationnelle de 340.000 barils par jour en 2026, après plusieurs années de retards et de surcoûts. Le projet, porté par Pemex pour un coût final dépassant 17 milliards USD (contre 8 milliards initialement prévus), constitue le plus grand investissement du sexennat de l'ancien président López Obrador.
La raffinerie Dos Bocas est conçue pour traiter principalement du brut lourd Maya mexicain et produire 170.000 bpj d'essence et 120.000 bpj de diesel à très basse teneur en soufre (10 ppm). L'objectif déclaré de Pemex est de réduire à zéro les importations de produits raffinés mexicains d'ici 2027. Cette ambition pourrait perturber les flux traditionnels entre les raffineries du Golfe du Mexique américain et le marché mexicain, libérant des volumes additionnels disponibles pour l'export vers l'Europe et l'Amérique du Sud.
Parallèlement, Cuba a annoncé la relance partielle de ses raffineries de Cienfuegos et Santiago avec l'aide technique de la Russie et du Venezuela. La raffinerie de Cienfuegos, opérée par Cuvenpetrol (joint-venture avec PDVSA), devrait atteindre 80.000 bpj de capacité opérationnelle d'ici fin 2026, contre seulement 40.000 bpj actuellement. Ces projets cubains restent toutefois fragilisés par les sanctions américaines OFAC et les difficultés d'approvisionnement en brut vénézuélien.
Pour le marché belge, ces évolutions ont des répercussions indirectes mais significatives. Le Port d'Anvers, qui exporte annuellement environ 6,8 millions de tonnes de produits raffinés vers l'Amérique latine (principalement diesel et gasoil), pourrait voir cette demande se contracter dès 2027. TotalEnergies et ExxonMobil, principaux exportateurs depuis leurs installations anversoises, réorientent progressivement leurs flux vers l'Afrique de l'Ouest et l'Asie du Sud-Est où la demande reste structurellement déficitaire.
Les analystes de FGE (FACTS Global Energy) estiment que la nouvelle capacité latino-américaine pourrait absorber 280.000 bpj de produits raffinés actuellement importés depuis l'Atlantique Nord. Cette substitution pèsera sur les marges de raffinage européennes à moyen terme, en particulier pour les opérateurs anversois historiquement orientés vers l'export. Le segment du diesel ULSD (ultra-low sulfur diesel) reste néanmoins porteur, notamment grâce à la demande européenne soutenue par le secteur agricole et le transport routier.
Sur le plan géopolitique, la coopération technique entre Cuba, la Russie et le Venezuela illustre la persistance d'un axe énergétique alternatif aux flux occidentaux. Cette dynamique préoccupe Washington, qui a renforcé en mai 2026 ses sanctions secondaires contre les entités facilitant ces échanges. Pour la Belgique, et par extension pour l'Union européenne, ces tensions imposent une vigilance accrue sur la conformité des cargaisons transitant par Anvers, deuxième port pétrolier européen. Fluxys et le Port d'Anvers-Bruges ont renforcé leurs procédures de due diligence en 2026 afin d'écarter tout risque de violation indirecte du régime de sanctions.