NEOM : le méga-projet d'hydrogène vert saoudien entre en phase de production commerciale
L'usine d'hydrogène vert de NEOM, soutenue par ACWA Power et Air Products, démarre sa production commerciale avec 600 tonnes/jour, intéressant les industriels chimiques d'Anvers.
Le méga-projet NEOM Green Hydrogen Company (NGHC) a officialisé le démarrage de sa production commerciale d'hydrogène vert le 1er juin 2026, marquant une étape charnière pour la filière mondiale. Située à Oxagon dans le nord-ouest de l'Arabie saoudite, l'installation produit désormais 600 tonnes d'hydrogène vert par jour, transformées en 1,2 million de tonnes d'ammoniac vert par an destinées principalement aux marchés européens et asiatiques.
Le projet, doté d'un investissement total de 8,4 milliards USD, repose sur une joint-venture tripartite entre ACWA Power, Air Products et NEOM. Il s'appuie sur 4 GW d'énergie solaire et éolienne couplés à 2,2 GW d'électrolyseurs alcalins fournis par thyssenkrupp Nucera. Air Products détient un contrat d'achat exclusif sur 30 ans, assurant l'écoulement commercial de l'ensemble de la production via son réseau logistique mondial.
Pour la Belgique, ce projet revêt une importance stratégique majeure. Le Port d'Anvers-Bruges a été désigné comme l'un des principaux points d'entrée européens pour l'ammoniac vert saoudien. Des accords préliminaires ont été signés avec Fluxys et Advario pour la construction d'un terminal de réception d'ammoniac vert dans la zone portuaire d'Anvers, opérationnel à l'horizon 2028. L'investissement prévu atteint 320 millions €.
Les industriels chimiques flamands se positionnent comme acheteurs prioritaires. BASF Antwerpen, deuxième site mondial du groupe allemand, prévoit d'incorporer jusqu'à 150.000 tonnes d'ammoniac vert par an dans sa production d'engrais et d'intermédiaires chimiques d'ici 2030. Yara Sluiskil, juste de l'autre côté de la frontière néerlandaise, vise également un approvisionnement en provenance de NEOM via le terminal d'Anvers. Le prix de référence négocié s'établit autour de 720 €/tonne FOB Oxagon, soit 1.150 €/tonne CIF Anvers après transport et regazéification partielle.
Le projet bénéficie également d'un soutien indirect du dispositif européen Hydrogen Bank et des mécanismes d'enchères de la Commission européenne. Le gouvernement fédéral belge a confirmé via la ministre de l'Énergie qu'une partie des certificats CBAM (Carbon Border Adjustment Mechanism) pourrait être ajustée pour favoriser l'importation d'hydrogène et d'ammoniac à faible empreinte carbone. Cela renforcerait la compétitivité du complexe pétrochimique anversois face aux clusters américains du Golfe et chinois.
Cependant, des incertitudes subsistent. Le transport longue distance de l'ammoniac vert présente une efficacité énergétique limitée (perte de 35 à 45% entre la production et l'utilisation finale comme vecteur d'hydrogène). De plus, le coût levelisé de l'hydrogène vert NEOM reste estimé à 4,20 USD/kg, soit deux fois plus que l'hydrogène gris produit à partir de gaz naturel. La viabilité commerciale dépendra donc largement des mécanismes de soutien européens et de l'évolution du prix du CO2 sur le marché ETS, actuellement autour de 88 €/tonne. Pour la Belgique, NEOM représente néanmoins une opportunité unique de positionner Anvers comme hub mondial de l'hydrogène décarboné.